lutherie et CNC

Toutes les discussions sur le Bluegrass et musiques associées.

Modérateur : Modérateur

Avatar du membre
skip
Messages : 2279
Enregistré le : jeu. 03 avr. 2008, 19:55
Localisation : Ile de France

Re: lutherie et CNC

Messagepar skip » dim. 11 févr. 2018, 10:23

Impressionnant (né aussi )
Skip :roll:
If you funk with me , I'll funk with you !

Image

Avatar du membre
jl-mando
Site Admin
Messages : 1339
Enregistré le : ven. 02 févr. 2007, 16:23
Localisation : Etrigny ( Saône et Loire )
Contact :

Re: lutherie et CNC

Messagepar jl-mando » lun. 12 févr. 2018, 11:01

Cette fois j'attaque le polystyrène avec la défonceuse , ça fait beaucoup de saletés mais ça marche
c'est mon plan de découpe de la table de mando type F5


celtic
Messages : 29
Enregistré le : sam. 15 juin 2013, 20:02

Re: lutherie et CNC

Messagepar celtic » lun. 19 févr. 2018, 04:16

Salut Jean, et salut à tous.
Tu sais déjà le respect que j'ai pour ta personne, malheureusement mortelle, ton travail, également éphémère, et l'oeuvre qui en résultera. La survie de l'oeuvre à la personne dépend de certains facteurs qui sont rarement paramétrables, la prospective étant une "science" imparfaite, et donc faillible. J'étais dans une autre vie passionné par la fabrication de certains instruments, pas seulement de musique, et j'ai été en mon temps dépanneur informatique.
Ces technologies qui semblent émerger, certes depuis déjà un certain temps, ont pour moi un effet pervers. Je m'explique: lorsque le Chinois, peuple intelligent et opiniâtre, a décidé d'entrer dans le jeu de la lutherie il a, par l'intermédiaire des chambres de commerce et de métier distribué des cartes de visites. Suite à ces cartes de visites il y a eu des offres, très intéressantes, de violons à un prix plancher. Avec l'etui, l'archet, les cordes et la rosine, l'instrument revenait moins cher qu'un jeu de cordes vendu en France. Il fallait acheter un container, donc se regrouper, et l'on recevait un paquet de violons, le cul ouvert de façon à y apposer son étiquette. Il suffisait ensuite de coller le cul du violon, de positionner l'âme, de coller un prix et de suspendre l'objet qui, par magie venait de devenir Français. Le facteur de violons n'avait plus qu'à attendre le client, en regardant la télé(les ordis arrivaient tout juste, devinez d'où...)
Après quelques années notre facteur de violons était devenu accro à la télé, et un peu aux ordis qui commençaient à se populariser, et avait presque oublié comment l'on fabriquait un violon. Alors, notre ami Chinois, qui travaille sur le long terme et cultive, lui un certain sens de la prospective, revint voir notre facteur et lui annonça, avec des trémolos dans la voix que le monde changeait, que ses enfants allaient eu aussi devoir s'inscrire à l'université de Pekin, et que touts ces bouleversements avaient un coût. Ces fameux violons à 60 francs(+/-) allaient maintenant coûter 600 francs, et vos sanglots longs n'y pourront rien changer. Notre facteur, qui avait appris à coller des étiquettes, mais avait perdu son savoir-faire, se trouva donc face à un choix, plutôt facile d'ailleurs: soit il augmentait ses prix soit il se remettait à fabriquer des violons, comme à l'époque où il n'avait pas encore cette bedaine et ces jolies et douces mains.
Vous croyez probablement que j'exagère et que la retraite a émoussé mon unique neurone. Malheureusement non. J'ai été invité à aller en Chine, ce que j'ai refusé, et j'ai reçu ces cartes de visite que j'ai donné à quelques potes de la profession.
Alors vous vous demandez quel rapport avec ce fil peut avoir ce texte, un peu long. C'est simple. Il y a plusieurs éléments à considérer dans la fabrication d'un instrument. Le temps passé, le prix de la matière première et de l'outillage, la location de l'atelier, les impots, bref, vous connaissez l'histoire... Je trouve qu'il manque un élément dans cette ébauche d'analyse, et qui pour moi est l'élément essentiel.
Jean, tu parlais du fait que le dégrossisage de l'instrument n'apportait pas de valeur ajoutée à l'instrument, et que seul le bois semblait être responsable du résultat final: le son.
Il manque toujours un élément que justement je souhaitais souligner: ce qu'apporte AU LUTHIER la fabrication d'un instrument.je ne parle bien évidemment pas d'argent, un luthier en gagne peu. Je parle de la valeur, pour soi-même, du temps passé à se concentrer sur un morceau de planche, jusqu'à ce qu'il se transforme en un instrument de musique.
Je tenais à le souligner, car c'est ce qui a été ma récompense, après ces années à fabriquer des instruments, dont le dernier, un cata en bois. Le résultat est personel et intérieur, et aucune machine ne pourra nous l'offrir, et je pousse le bouchon, peut-être: la machine va nous enlever ce qui faisait de nous des êtres en mouvement, en devenir, en évolution.
Nous oublierons qui nous sommes et nous plongerons dans le sommeil de la technologie, avec pour corrolaire une magnifique récompense: nous serons des moutons qu bêlerons encore plus fort, plus loin et plus longtemps.
Bien sûr, chacun fait comme il sent, et il est heureux que nous ayons encore (mais pour combien de temps?) la liberté de choisir. Mais soyons toutefois conscients que le panel dans lequel nous devrons choisir se retrécit chaque jour, et que bientôt, si nous n'y prêtons pas attention nous n'aurons plus que deux choix: dire oui, ou...oui.
A+ les amis
Georges

Avatar du membre
jl-mando
Site Admin
Messages : 1339
Enregistré le : ven. 02 févr. 2007, 16:23
Localisation : Etrigny ( Saône et Loire )
Contact :

Re: lutherie et CNC

Messagepar jl-mando » lun. 19 févr. 2018, 09:36

Salut Georges , je vois que le sujet t'interpelle et je le comprends bien évidemment.
Tu parle de violons , j'en profite pour rendre hommage à un GRAND Violoniste qui vient de nous quitter bien trop jeune pour partir
il avait encore tant de choses à faire et tant de savoir à transmettre .

La lutherie pour moi n'est qu'un hobby , l'informatique aussi est un hobby , je n'aime pas les réseaux sociaux , j'en ai même une aversion profonde
J'ai lu quelques part , je crois que c'est sur mandolincafe ( section lutherie) que le vrai travail du luthier commence quand il reste 1% de bois à enlever
et c'est en effet , pour moi , à ce moment là que tu commence à douter , les questions sont :
Si j'arrête d'enlever du bois , est ce que ça va sonner , ou si je continue , est ce que ça va résister à la tension des cordes .
Tant que tu tapes dans le dégrossissage , on ne se pose pas de questions , on y a va franco , après un moment ta planche devient forme
puis elle commence à s'assouplir et devenir un peu plus élastique .
J'aborde ici une nouvelle façon de voir , déjà le plaisir et la fierté d'avoir construit moi même ma propre machine , faite de bric et de broc .
et aussi les connaissances en matière d'informatique et de 3D dont j'ignorais tout il ya encore 6 mois .
cette machine fait le lien entre ces deux techniques , mais il ne faut pas voir ce genre de machine comme un engin dans lequel tu rentre un tronc d'arbre
par une extrémité et qui va te sortir un instrument monté , verni et accordé à l'autre extrémité ( non là j'exagère !!)
Non , moi je vois la chose comme une aide au niveau ébauche , et qui doit absolument s'arrêter à l'ébauche , pour justement ne pas perdre
le plaisir du doute et des questions qu'on se pose à tous les moments cruciaux .
Les moments cruciaux :
quand tu t'apprête à refermer la caisse ( le corps , la boite ...)
quand tu va coller le manche au corps .
Par contre , la où la machine est plus forte que toi , c'est au niveau précision .
Il m'est arrivé un bon nombre de fois de me rendre compte que des détails esthétiques n'étaient pas bons ( repères de touche pas alignés par exemple)
bien souvent on est les seuls à le savoir tellement on passe de temps à scruter les moindres détails .
Je pense que j'aurais aussi des mauvaises surprises avec ma CNC quand il faudra un jour attaquer un vrai instrument .
Je ne suis pas encore prêt , et c'est du côté informatique que ça pêche encore le plus pour le moment .
J'en suis actuellement à reécrire des bouts de programmes pour modifier des chemins d'outil . ça s'éloigne bigrement de la lutherie pure
mais finalement c'est pas désagréable non plus .
La CNC fait perdre un peu le côté "art de la lutherie" pour lui donner un côté "industrielle" , mais pour moi et pour le peu d'instruments
que je fabrique , c'est plutôt une façon d'aborder un peu différente , et toujours garder la main sur la machine
T'inquiète pas Georges les robots n'auront pas raison de moi :lol: :lol: :lol:

celtic
Messages : 29
Enregistré le : sam. 15 juin 2013, 20:02

Re: lutherie et CNC

Messagepar celtic » lun. 19 févr. 2018, 14:48

Salut Jean.
Je me souviens d'un luthier Americain qui posait des clous dans certains arbres afin, qu'en poussant, le bois soit coloré par réaction chimique.
Je ne veux pas sacraliser la lutherie en particulier, mais plutôt la vie en général. Le temps passé à faire quelque chose est justement notre expérience de vie. Notre presence où notre absence, déterminera notre niveau de conscience. J'aurais aimé fabriquer un instrument dont j'aurais moi-même nourri et regarder pousser le bois. Mais aurais-je eu le courage de le couper?
J'étais aussi passionné par ces fabuleuses machines, et je suis scotché par les gens qui, comme toi, fabriquent ces objets.
Un outil est toujours une prolongation de nos sens, quel que soit l'outil, et je suis un peu inquiet face aux outils dits intelligents,probablement l'âge...
Nos perceptions ne sont que des interprétations consensuelles ''d'autre chose'' une vision de troisième main d'une réalité qui se masque, et les instruments ''directs'' comme les instruments de musique, arrivent quelquefois à franchir ce voile, mais c'est une autre histoire, qui intéresse peu de monde...
La technologie ne nous permet pas de regarder de l'autre côté du miroir, et c'est là tout ce que je lui reproche...
La bise, camarade, prends soin de toi.
G.


Retourner vers « Bluegrass et Cie »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 5 invités