La rencontre de Suze Marshall avec Bill Monroe
Présenté par
Christopher Howard-Williams


La rencontre de Suze Marshall avec Bill Monroe

Bill Monroe n'était pas toujours un homme facile (ce n'est pas un secret!), mais je suis tombé sur cette histoire, dans la messagerie du Mandoline Café, qui le montre sous une autre lumière. Quelques contributeurs qui connaissent Suze Marshall, attestent de son authenticité.
Suite un incidient dans un avion, qui s'était dépressurisé, Suze avait perdu la faculté de son oreille interne. Elle n'avait plus de sens d'équilibre et elle ne pouvait pas monter au delà de 150 mètres d'altitude.
Dans l'impossibilité de se déplacer, elle a suivi un traitement expérimental de reconstrution, et c'est pendant sa convalescence, qu'elle a découvert la mandoline. Le fait d'y jouer lui a redonner envie de vivre et depuis ce temps elle est très dynamique dans la communauté Bluegrass dans les bœufs, les ateliers et les concerts.
En 1994, Suze est allé au premier Wintergrass - une de ses premières sorties après l'accident.
Comme elle ne pouvait pas prendre l'ascenseur, elle s'est trouvée, à son insu, dans la chambre voisine de Bill Monroe.
Un soir, ne pouvant pas dormir et ne voulant pas déranger son amie de chambre, elle est allée sur le palier pour travailler un nouveau morceau: Going Up Caney. Il était environ 11 heures. Tout d'un coup, la porte de la chambre voisine s'est ouverte et Bill Monore est sorti. Il est venu s'asseoir à côté d'elle en lui demandant : "puis-je me mettre avec vous? C'est un morceau que je connais, voyez-vous." Alors, il lui a raconté comment il est venu à écrire cette chanson.
Suze était surprise de se retrouver là, sur la palier, avec Bill Monroe, mais il n'arrivait pas à dormir non plus. La route commençait à le fatiguer; il n'aimait plus se reveiller la nuit sans savoir dans quelle ville il se trouvait.
Il s'est donc mis à lui parler du Bluegrass et des tendances actuelles qui ne lui plaisaient
guère car on employait de plus en plus d'accords modernes à la place des accords "blues" qui lui rappelaient sa jeunesse. "Chaque fois que vous jouez un de ces accords, vous gommez le son du blues - les harmonies que m'avait appris ma mère, n'y trouvent plus leur place" disait-il.
Après, il est parti chercher sa mandoline. Il a montré quelqes "licks" à Suze et il lui a passé sa mandoline qu'elle a pu essayer. C'étiat sa vieille Gibson, assez abimée, mais c'était la mandoline qu'il aimait.
Ensuite, Bill a parlé de sa mère, à qui il pensait encore tous les jours. Elle jouait du violon - pas très bien, mais il adorait l'entendre jouer. C'est elle qui lui a appris à aimer le son du Blues. Il a raconté comment il a dû jouer de la manoline, en étant le plus jeune de la famille (les autres instruments étaient "pris"). Il lui a demandé : "alors, comment trouvez-vous que je m'en suis sorti?" Quelle question!!
Il a raconté comment les autres enfants de l'époque lui taquinaient parce qu'il voyait mal et comment sa mère l'a aidé à surmonter ces malheurs et à faire au mieux de ce qu'il avait. Il regrettait de ne pas avoir reconnu davantage l'amour de sa mère.
Bill a aussi parlé de Uncle Pen et de Deford Bailey, un joueur d'harmonica Blues, qui lui a appris quelques chansons et qui a même joué une fois avec les Blue Grass Boys.
Il lui a montré comment il jouait les accords. Il employait essentiellement trois accords avec des versions double-stop ou triple-stop pour les autres - il ne jouait que très rarement l'accord complet. Il mettait l'accent surtout sur les cordes graves.
Il a souligné l'importance de remonter à l'origine d'une chanson afin de bien comprendre son sens et de capturer son "parfum" - ce qui manque à beaucoup de chanteurs actuels. Une version contemporaine d'une chanson peut être très belle, mais l'émotion de l'original manque souvent.
Suze a expliqué à Bill comment elle connaissait sa musique, grâce à son grand-père et sa collection de 78 tours. Elle ne connaissait pas ses disques récents avec les Blue Grass Boys.
Elle a constaté que Bill se déplaçait difficilement - il semblait être en déséquilibre en marchant dans l'hôtel. Elle a été touchée lors du dernier concert du week-end, quand Bill lui a invitée sur scène pour l'accompagner dans une danse. Le déséquilibre qu'elle a apperçu dans l'hôtel s'est évaporé dès lors que la musique a commencé; Bill se tenait droit et fort. Avant de lancer une danse de clogging, il a dit a Suze : "il faut faire attention. Je ne suis plus tout jeune, je risque vous balancer trop violemment!". Elle n'oubliera jamais l'expérience.
Suite à sa rencontre avec Bill Monroe, Suze offre ces conseils: ne soyez pas pressé de tout jouer trop vite avant d'avoir tout compris; apprenez bien la chanson avant de la jouer vite. Ecouter de la musique traditionnelle aussi bien que la musique contemporaine. Ecouter jouer les musiciens si vous voulez devenir musicien. Etudier la chanson, remonter dans le temps pour voir d'où elle vient. Jouez avec d'autres musiciens. Et surtout, amusez-vous bien.

Christopher Howaard-Williams